B – Espagne
Introduction
Dans les années quatre-vingt-dix, l’Espagne vit son
marché de l’art décliner et décida de réagir. L’Etat interventionniste réforma
le système d’enseignement artistique - jugé trop traditionnel [1] - et
tenta de promouvoir les new media arts (tout
comme l’essentiel des pratiques artistiques contemporaines [2]) en
mettant en place des festivals et des départements muséaux spécifiques.
Concernant le Web-art, l’Etat n’intervint que très
tardivement. En 2003, le Ministère de l’Art et de la Technologie (en
collaboration avec la Fondation ARCO [3])
organisa le concours ‘1st Science, Art and Technology Award ARANEUM’. A travers
l’un des deux prix (l’autre étant consacré à le recherche scientifique), l’Etat
montra son désir de développer la production artistique ainsi que la critique
du Web-art. Cet élan étatique tardif est certainement à percevoir comme un
sursaut face au manque d’engouement et d’initiative des institutions
espagnoles. En 2001, le Musée National de la Reina Sofia se vit offrir deux
web-créations suite à un concours, mais ne profita pas de l’occasion pour
entreprendre une politique d’acquisition. Après des débuts très
prometteurs (dix acquisitions entre 1999-2000), le MECAD semble lui aussi
avoir totalement délaissé le Web-art. A l’heure actuelle, seul le MACBA tente
d’acquérir des web-créations (malgré des difficultés économiques et
idéologiques).
La position des institutions vis-à-vis du Web-art peut
paraître paradoxale, puisque l’Espagne possède de nombreux atouts pour
faciliter son développement. D’une part, elle peut se vanter de bénéficier de
la présence de quelques cyberartistes très appréciés sur la scène
internationale: Jodi, Muntadas, Ricardo
Echevarría, Daniel García Andújar… D’autre part, elle forme de nombreux
spécialistes (artistes et théoriciens) ; à titre d’exemple, nous pouvons
citer l’Escola Superior de Disseny (Barcelone) qui, depuis 1998,
assure un cycle universitaire – un master et un post-diplôme – portant sur
la pratique curatoriale des new media
arts.