A.1
– Museum of Modern Art (MoMA)
Aujourd’hui considéré comme l’archétype des musées
d’art moderne, le MoMA a su - en se basant sur une « stratégie et un mode
commercial »
- être et rester « un ‘produit’ de la connaissance, de la critique, de
l’érudition, de la compréhension, du goût artistique. [Cela est essentiellement
du au fait que tout au long de son histoire, les conservateurs ont compris]
qu’une fois qu’un produit est réalisé, la tâche suivante consiste à le
distribuer . »
Le MOMA fut le premier musée à avoir intégré l'art
technologique dans ses murs. En
1968, il organisa la célébrissime exposition ‘Art as
Seen at the End of Mechanical Age. A partir des années
soixante-dix, il s’impliqua fortement dans l’art video: il mit en place la
série d’expositions ‘Projects’ (1971), puis la série de discussions ‘Video Viewpoint
(1977, participations de Vito Acconci, Nam June Paik, Kristin
Lucas…). En 1992, le MoMA lança un programme similaire en faveur des new media arts, le ‘Technology in the
90s’ (lors de symposiums, les conservateurs présentèrent des artistes
exploitant les nouvelles possibilités offertes par l’hybridation des médias
électroniques et informatiques). En 1996, ce fut - assez logiquement - au tour
du Web-Art d’être mis en avant.
Le programme en faveur du cyberart fut confié à
Barbara London , l’emblématique
conservatrice du Département des Films et de la Video. Depuis son arrivée en
1973, elle tente de documenter, de préserver et d’encourager l’art vidéo.
Visionnaire, elle réussit très tôt à monter des expositions d’art vidéo au MoMA
ainsi qu’à fonder une fabuleuse collection (environ deux mille œuvres). Assez
logiquement, Barbara London considéra les débuts du Web-Art avec la même
attention que ceux de la vidéo. Lors d’une interview en 2000 , elle
affirma que le Web-Art était entré dans une phase d’émergence très vaste et
particulièrement intéressante (elle compara ses débuts aux premières
manifestations énergiques du body art).
A.1.1 – Les web-créations
Entre 1996 et 2001, le MoMA convia quelques artistes -
déjà présents dans les collections - à produire des web-créations pour
accompagner des expositions temporaires. Pour ces productions, le MoMA
bénéficia des nombreuses aides (notamment celles du Trustee Susan Jacoby, du Museum’s
Junior Associates et du Contemporary
Arts Council).
En 1996, le MoMA participa à la co-production – avec äda web et artAIDS – d’un site du groupe d’activistes General Idea. Très
sommaire, ce site n’offre qu’un accès à cinq petites vignettes fixes (série des
Imagesvirus) et à une zone dans laquelle il est possible de télécharger un
économiseur d’écran .
En 1997, Peter Halley imagina – pour l’exposition qui
lui était consacrée ‘New Concepts in Printmaking ’ – le
site Exploding the Cell. Des
programmateurs et des designers furent chargés de créer des animations shockwave à
partir de neuf images digitales (vendues à l’institution l’année précédente).
En entrant sur le site, l’internaute est invité à sélectionner une des neuf
images numériques, puis à la re-coloriser selon ses goûts (zone après zone) et
enfin à imposer sa signature à côté de celle de l’artiste.
Par la suite, le MoMA offrit des opportunités
similaires à Robert Cumming (Academic
Interactive Exercise, 1998), à
Allan McCollum (The Registration of an
Artwork, mars 1999), à
Fred Wilson (Road to Victory, mars
1999) et
à Michael Craig-Martin (6 Objects, Ready
or Not, novembre 1999).
En 2001, les conservateurs du MoMA constatèrent que
s’ils poursuivaient dans cette voie ils n’obtiendraient qu’une sorte de ‘double
virtuel’ du musée. Ils décidèrent alors de s’adresser à de véritables web-artistes. Le seul cyberartiste à pour
l’instant à avoir été commissionné dans ce cadre fut Tony Oursler. Son
site – TimeStream (mai 2001) – traite
des phénomènes de mimétisme existant entre les inventions du passé et celles de
notre époque. Il aborde les phénomènes d’obscurantisme et de difficile mise en
lumière (référence à la Caverne de Platon). L’œuvre est censée mieux nous faire
comprendre et apprécier notre époque. Sous la forme d’une animation (et de
collages) en Flash,
elle nous fait découvrir des apparitions
mystérieuses.
A.1.2 – Le statut des
web-créations
Les web-créations - visibles sur le
site du MoMA - ne font pas, à proprement parler, partie des collections. Pour
Barbara London, les Media arts sont encore trop dynamiques pour être suivis par
l’inertie institutionnelle. Lorsque le MoMA commissionne une œuvre, il obtient
les droits exclusifs pendant une durée de deux ans (information donnée par
Susan Morris – elle précisa dans son rapport qu’une fois le délai passé, il est
convenu qu’une réévaluation soit effectuée).
Susan Morris mit en évidence un
problème juridique concernant Reprints
(1997), une œuvre d’Allan McCollum. A son lancement, cette web-création fut
co-hébergée par le MoMA et par Stadium.
Lorsque ce dernier fut acquis par le Dia Center, celui-ci changea de statut et
devint la propriété exclusive du Dia. Le MoMA décida alors de ne plus le lier à
son site.
A.1.3 – La situation actuelle
Actuellement, le programme d’acquisitions de
web-créations est arrêté. Il devrait être repris dans les futurs locaux du MoMA
(35ème rue – ouverture prévue fin 2004- début 2005).