A – Une initiative paneuropéenne: Virtual Centre Media Net (VCMN)
Depuis 2000, six fondations culturelles tentent
d'unir leurs efforts pour construire une cyber plateforme paneuropéenne: le CICV Pierre Schaeffer (Hérimoncourt, France), l’European Media Art Festival (Osnabrück,
Allemagne), la Foundation for Art and Creative
Technology (Liverpool, Angleterre), le KIBLA (Maribor, Slovénie), la Student Computer Art Society (Sofia, Bulgarie) et
le DEPAS (Spetses, Grèce). Ponctuellement, elles bénéficient du soutien de l’International Center for Contemporary Arts (Bucarest,
Roumanie), du V2 (Amsterdam, Pays-Bas), de la Fondation Axis (Amsterdam) et du
Zo (Catane, Italie).
Grâce à l’aide financière offerte par la
Commission Européenne (dans le cadre du programme ‘Culture 2000’), le VCMN put
officiellement démarrer ses activités le 1er juin 2002. Nota:
pour assurer son fonctionnement, son développement et sa promotion (jusqu’au 30
mai 2004), le VCMN reçut une subvention de 493'277 euros [1].
Lorsque la date fatidique sera passée, le centre aura besoin de trouver de
nouveaux fonds.
Le VCMN mène principalement des activités de
commissariat d’expositions, d’édition et de recherches avec différentes
universités. Il a également comme objectif de constituer une collection
permanente de new media arts (et plus
particulièrement de Web-art). Ponctuellement, une commission d’experts
(constituée de responsables de chaque institution) sélectionne des œuvres
(imaginées soit directement pour le centre, soit pour un de ses membres).
A.1 – La collection
Entre 2002 et 2003, la plateforme réussit à
acquérir une collection préalablement formée ainsi qu’à commissionner une
web-création. Toutes ces œuvres ont un point commun: elles traitent de la
notion de frontière entre le monde de l'art et celui de l’information. Pour les
responsables du VCMN, la sphère artistique doit s’immiscer dans le monde de la
haute technologie. Cela, afin de trouver une « résonance culturelle plus
large et d’identifier la contribution culturelle d'un mouvement qui, par
certains côtés, est en désaccord avec l'idée même d'un monde d'art [2]. »
Lors de l’exposition ‘Kingdom of Piracy
<KOP>’ (du 22 février au 27 mars 2003 au FACT, Liverpool), le VCMN acquit
l’intégralité des travaux exposés. L’ensemble KOP est un ‘open workspace’ regroupant
quatorze web-créations et trois textes axés autour de la thématique du libre
partage d’informations [3] (nota: ceux-ci
prônent des procédés proches de ceux de la piraterie informatique).
Toujours dans le cadre de cette exposition, le
VCMN profita de l’aide financière de ‘Culture 2000’ pour commissionner Burn [4], une
web-installation de l’artiste américaine (d’origine taïwanaise) Shu Lea Cheang.
Cette expérience nous fait prendre conscience des nouvelles possibilités
offertes pas le peer-to-peer (P2P). Malgré son statut de « pratique
culturelle commune dans l’âge de la reproduction digitale [5] »,
le P2P a mauvaise presse (essentiellement à cause de ses excès entraînant de
colossales pertes dans le régime du droit d’auteur). Pour contrecarrer cette
réputation et montrer comment le procédé pouvait être utile aux internautes,
l’artiste monta une bibliothèque de fichiers MP3 libres de droits (nota: chaque musicien peut faire une
demande pour y adjoindre ses propres compositions), puis créa une interface
didactique sur le Net. Par le biais de celle-ci, l’internaute peut choisir des
morceaux, créer sa propre compilation, puis s’il le désire la télécharger et la
graver sur un CD. L’œuvre appelle des liens de complicité et questionne
l’internaute sur la piraterie. Depuis son lancement, l’œuvre obtient un énorme
succès: elle fut notamment montrée au Whitney Museum ainsi qu’à la cinquantième
Biennale de Venise.
A.2 – Le
statut des œuvres
Lorsqu’une web-création est intégrée à la collection
du VCMN, celle-ci est automatiquement sauvegardée (sur CD-Rom et DVD-Rom) et
est conservée dans la base de données du centre. Le VCMN n’a pas le droit de
l’altérer ou de la supprimer. Il ne se réserve que le droit de modifier (ou de
raccourcir) les notes explicatives fournies pas l’artiste.
Pour les productions numériques (photographies
et vidéos), les artistes gardent les droits moraux et restent responsables du
contenu de leurs œuvres (notamment vis-à-vis d’un éventuel tiers). Pour
les web-créations, l’issue est légèrement différente. La plupart des
web-artistes exploitent des freewares et par conséquent sont moins
soumis aux licences et copyrights.
Les responsables sont conscients que les artistes
cherchent au maximum à diffuser leurs œuvres (leurs projets sont souvent
accessibles à partir de nombreux sites) et semblent parfaitement bien
s’accommoder de cette ‘nouvelle philosophie’ (terme de Mme Daphne Dragona).
Le VCMN est obligé de conserver les œuvres
hébergées et doit assurer le bon fonctionnement technique du website (il a
notamment le devoir de mettre à jour les différents standards techniques pour
éviter l’obsolescence des sites).