B.2 – Museu d’Art Contemporani de Barcelona
Le Museu
d’Art Contemporani de Barcelona (MACBA) est un musée très récent - inauguré en
novembre 1995 [1] - résultant du changement d’orientation opéré par la
municipalité de Barcelone (nota:
depuis deux décennies, la métropole délaisse son secteur industriel, se tourne
vers l’économie tertiaire et tente de se faire reconnaître internationalement [2]). Il
fut envisagé comme une poursuite du MNAC (possédant une collection allant de
l’art roman jusqu’à 1950). Il est le fruit du regroupement de trois collections
d’art du vingtième siècle, celles: du Gouvernement Catalan (environ un
millier d’œuvres: Miro, Beuys, Pistolletto, Tapies…), du Barcelona Council (des œuvres plus récentes de Susana Solano, Jaume
Plensa…) et de la Museu d’Art Contemporani de Barcelona Foundation (environ
deux cents œuvres: Broodthaers, Merz, Manzoni, Long…[3]).
A ses débuts, le MACBA connut d’importantes difficultés (et rivalités
internes) quant aux choix des acquisitions et à la présentation cohérente
l’ensemble. Pour y palier, le consortium décida, en 1998, de laisser les deux
collectivités publiques s’occuper du fonctionnement du musée et de laisser à la
Fondation le soin de former une collection propre à l’institution.
Actuellement, cette dernière mène une politique d’acquisition relativement
active ; l’année dernière, elle a entre autre acheté des films de Vito
Acconci (années soixante-dix) et de Bruce Nauman (fin des années soixante –
début des années soixante-dix), ainsi que des dessins de Raymond Petitbon
(années quatre-vingt).
Depuis 1996, le MACBA s’acharne – malgré de nombreuses difficultés (tant
idéologiques que financières) – à mettre en avant le Web-art. Actuellement, il
tente de redémarrer sa politique d’acquisition (programme ‘Espai.D’).
B.2.1 – Première initiative: ‘MACBA En linia’
En avril 1995, Narcis et Roc Parès [4] (co-fondateurs
de l’équipe ‘Galeria Virtual’) proposèrent au MACBA, à l’UPF (Universitat
Pompeu Fabra) et à l’IUA (Institut Universitari de l’Audiovisual) de co-créer
un website commun. Il en résulta un espace technoculturel intitulé « MACBA
En linia » (officiellement mis en ligne le 16 juillet 1996).
‘MACBA en linia [5]’ fut initialement orienté
vers l’exploration des nouvelles possibilités artistiques (il ne fut pas conçu
comme un outil d’institutionnalisation du Web-art). L’idée générale était de
« faciliter la recherche et la production (par opposition à une approche
‘patrimoniale’ d’élaboration de collection [6] »). Trois grands axes furent mis en avant:
la recherche, la production expérimentale ainsi que la ‘réactivation’ de l’art
contemporain par le biais du Web.
Une des grandes entreprises de ‘MACBA En linia’ fut la production
de Sisyphus [7] d’Antoni Abad (site réalisé en partenariat avec le
musée de Wellington, Nouvelle-Zélande). Cette œuvre nous montrait un homme
torse nu s’efforçant de tirer de son côté une corde (nota: selon si nous
nous connections sur le site de Barcelone ou sur celui de Wellington, l’homme
tirait la corde vers la gauche ou vers la droite). Par le biais de cette
métaphore, l’artiste voulut nous faire percevoir le caractère répétitif de
la recherche sur Internet et voulut soulever la question de la difficile
communication entre les internautes.
Malgré le fort succès de cette initiative, le programme ‘MACBA
En linia’ fut malheureusement assez vite clos à cause d’une crise
interne au musée. Lorsque Miquel Molins [8] quitta ses fonctions de directeur du MACBA, le musée
enclencha un processus de restructuration. A ce moment là, certains
responsables ne comprirent pas l’intérêt porté à l’expérimentation dans le
champ du Web-art et souhaitèrent disposer d’un site plus informatif (le musée
venait d’ouvrir ses portes au public). Les contrats de partenariat avec la
faculté furent alors bloqués jusqu’à ce qu’un nouveau conservateur fût nommé.
Lorsque Manolo Borja-Villel prit la relève quelques mois plus tard, ‘MACBA En
linia’ fut totalement oublié et cinq web-créations restèrent inachevées.
B.2.2 – Deux commissions en parallèle d’exposition (2002 et
2003)
En 2002, le MACBA commissionna un nouveau website artistique à
l’occasion de l’exposition ‘On Translation’ (exclusivement consacrée aux
créations architecturales, médiatiques, urbaines et muséales de Muntadas [9]).
L’œuvre - intitulée On Translation: Web [10] - fut designée par Ricardo
Iglesias et reprend des concepts préalablement développés par Muntadas.
Contrairement à ce que nous pourrions dans un premier temps supposer, il ne
s’agit pas ici d’une banale exposition online d’éléments préexistants
(photographies, vidéos…) mais d’une interprétation. Pour chaque œuvre montrée
dans l’exposition, Ricardo Iglesias souhaita nous donner les explications de
Muntadas, puis nous fournir une interprétation visuelle spécifiquement réalisée
pour le Web.
En 2003, le MACBA invita Dora Garcia [11] à produire une webcréation dans le cadre de
l’exposition ‘El Reino. Una Novela para un Museo [12]’
(‘Le royaume. Une nouvelle pour un musée’). L’artiste accrocha des webcams à différents endroits du musée
et créa une interface sur le Web pour que les internautes puissent observer ses
performances en direct. La série de performance fut envisagée comme une
nouvelle dont les acteurs étaient les
personnes présentes dans le musée (artiste, personnel et public).
B.2.3 - Le programme actuel « Espai.D » (depuis novembre
2003)
En 2003, Roberta Bosco et Stefano Caldana furent appelés par
le MACBA pour concevoir un nouveau website doté d’un espace dédié au Net-Art.
Cette zone hybride - nommée « Espai.D [13] » - fut conçue avec l’intention de
permettre au musée de développer des web-projets pratiques et théoriques. Selon
Jorge Ribalta, responsable des Relations avec le Public, Espai.D n’est pas à
envisager « comme un espace purement ‘exhibitoire’ mais comme une
articulation complexe d’œuvres, de textes et d’autres ressources relatifs aux
champs intéressants le musée [14]. » Toujours selon
lui, Espai.D doit permettre d’entamer une mémoire critique des usages
d’Internet (vu comme un lieu d’expérimentation artistique et de construction
discursive).
La responsabilité de l’Espai.D doit annuellement être confiée à un commissaire
invité. En février 2004, le musée était en pourparlers avec Roberta Bosco sur
le programme du premier cycle. Actuellement, ne sont visibles sur le site que
les deux anciens projets ainsi qu’une section ‘archives’ (non mise à jour –
constat le 1er avril 2004). De nouvelles sections semblent être en
cours de préparation (nota: l’Espai.D
est conçu comme un laboratoire qui s’étoffe en fonction de ses besoins et de
ses recherches).
Depuis son inauguration (le 14 novembre 2003), le
site souffre malheureusement de problèmes financiers. Selon Roc Parès, le musée
décida dans un premier temps de n’accorder que très peu de crédits à ce
département.