B.3 – Le Media Center
d’Art i Disseny (MECAD)
Le MECAD est un centre d’art barcelonais, créé en
septembre 1998 à l’initiative de la Fundació del Disseny Tèxtil [1]. Ses activités - production,
diffusion, séminaires, workshops, formation universitaire… - sont
spécifiquement tournées vers les pratiques des new media arts. Il se
revendique comme « un lieu ouvert et décentralisé, pouvant développer ses
activités tant dans ses propres locaux que dans d’autres espaces culturels avec
lesquels il travaille en collaboration, à l’image de l’espace télématique.
Grâce à ses projets internes ou à ses collaborations avec d’autres organismes,
le MECAD souhaite multiplier ses angles d’action pour devenir à la fois un
centre de recherche et de production d’idées et d’activités, un noyau de
réception et d’aide aux projets réalisés par des artistes, des designers ou
d’autres acteurs culturels, un lieu de diffusion et une plate-forme de
projection pour des créateurs de tous les domaines des arts médiatiques [2]. »
Le MECAD dispose d’un espace spécifique de recherches
et d’élaboration d’œuvres électroniques: le MediaLab. Entre 1999 et
2000, son équipe (co)produisit dix web-créations.
B.3.1 – Les trois commissions pour ‘net_condition’
Dans le cadre de l’exposition ‘net_condition’ (présentée au MECAD du 24
septembre au 19 novembre 1999 [3]),
le centre
commissionna trois web-créations à des artistes espagnols: Antoni
Abad, Roberto Aguirrezabala et Ricardo Iglesias. Celles-ci nous interrogent sur
l’émergence et le développement de cyber-pratiques (renforcées et parfois
imposées par le Net): la communication en temps réel, la surveillance du réseau
et l’interactivité.
L’artiste catalan Antoni Abad [4]
produisit Z, « une mouche freeware à comportements variables [5].
» Lorsque l’ordinateur est en ligne, la mouche prend vie et l’internaute
peut communiquer via le canal Z.
« Selon différents critères: fuseau horaire, mouches en ligne, courbe de
l'évolution de la communauté, arbre généalogique de l'essaim, langue, etc. les utilisateurs de Z peuvent
manipuler le comportement et la morphologie de chaque individu mouche au Z.lab,
le laboratoire génétique. Les mutants en résultant peuvent être échangés à
travers le canal Z. L'objectif de Z est de créer un réseau de communication distribué, indépendant de tout serveur
central [6]. »
Pour son projet What:you:get,
Roberto Aguirrezabala [7] développa
un site ayant pour trame un dialogue fictionnel entre deux personnages ainsi
qu’un système de surveillance pour épier les mouvements des internautes. « Le
participant parcourt le web sans se rendre compte que tous ses clics sont
contrôlés par un programme résidant. Ses mouvements sont enregistrés dans une
base de données où l’on forme son identité, définie par la manière de résoudre
toutes les situations qu’on lui soumet. What:you:get se transforme en un jeu qui tourne autour de
l'identité. Au fur et à mesure que le participant avance dans l'histoire, il
doit prendre davantage de décisions […] Il doit ainsi chatter, écrire des messages…[8] » Progressivement, l’internaute quitte son
statut de lecteur et remplace les deux personnages. A la fin, c'est-à-dire
après avoir lu les huit messages, l’internaute se voit offrir une analyse
psychologique de ses réponses (niveau de mélancolie…).
Ricardo Iglesias [9] créa reference, une interface hypermédia
amphigourique - non linéaire et iconoclaste - sensée nous faire réfléchir sur le
chaos dans lequel sont plongées nos sociétés actuelles. Nous sommes confrontés
à des « Warning » clignotants, à des bruits de jeux vidéos ainsi qu’à tout
un vocabulaire formel (ascenseurs, pop-up…)
auquel nous sommes habitués mais qui est utilisé de manière inhabituelle et non
fonctionnelle. L’interactivité est mise à mal: l’internaute tente de
s’approprier le contrôle du site, mais en vain, puisque la machine le
reprend sans cesse.
B.3.2 – Un soutien à la web-création d’Amérique
latine
En 1999,
Claudia Giannetti invita en résidence trois jeunes net-artistes d’Amérique
Latine: deux Argentins (Ivan Marino et Dina Roisman) ainsi que le Chilien Marian
Maturana. Apparemment le MECAD ne fournit aucune ligne directrice. Les trois
sites obtenus furent intégrés dans la collection du MECAD.
Mariano Maturana [10] créa
Postliterate, une bibliothèque
publique virtuelle réunissant des fragments audiovisuels. Les internautes
étaient invités à contribuer à cette base de données en envoyant une image.
Ivan Marino [11] élabora une
‘méditation graphique’ sur sa mère décédée. L’œuvre est présentée sur un mode
ludique et est assez sommairement structurée (une succession de huit pages,
dont un index). L’internaute est invité à en découvrir les multiples
possibilités. Lorsqu’il déplace son curseur, des indications apparaissent dans
les barres de statut et de titre. Dès qu’il survole le coin en haut à gauche,
un message personnel apparaît dans une pop-up
d’avertissement…
Dina Roisman [12] reçut une bourse pour développer sa
web-création, Relaciones de incertidumbre.
Celle-ci est axée autour deux notions: la ‘Chance’ et les relations entre la
Certitude et l’Incertitude. L’œuvre pose un problème « Qu’est ce que
la Chance ? […] La chance est-elle une nécessité inextricable pour l’homme
(une chose imaginaire) ou existe-t-elle réellement ? [13] » Pour
aborder ce dilemme, l’artiste créa une hypermédiature ludique – infinie et sans
logique apparente – obligeant l’internaute à continuellement prendre des
décisions hasardeuses. Dans un premier temps, il est perturbé par l’absence de
repères significatifs, puis progressivement, il s’habitue à la navigation.
Nota:
il n’existe quasiment aucune documentation sur les productions du MECAD (ni sur
papier, ni sur le Web), aussi j’ai souhaité correspondre avec les responsables
du centre. Malheureusement, en dépit de demandes de renseignements répétées,
aucune réponse ne me fut fournie. Les seules informations que j’ai eu
l’occasion de recevoir me furent données par les artistes.