D.2.2 – New Media Scotland
Fondé en 1999 à Edinburgh, le New Media Scotland
est une agence à but non lucratif, remarquablement dynamique et soutenue par
des fonds publics (ceux du Scottish Arts
Council). Il s’essaye – sous différents angles – à promouvoir les new media
arts. Régulièrement, il produit et commissionne des œuvres digitales,
organise des événements (ex: le festival ‘Dift - sound art and acoustic
ecology’ à Glasgow),
invite des artistes (dans le cadre de résidence, de workshop, de
laboratoire temporaire – tel que ‘Remote’ dans les Highlands en 2002) et
distribue des informations gratuites via sa newsletter.
Host
Le 1er août 2000, le New Media
Scotland inaugura ‘Host’, un espace virtuel destiné à temporairement
accueillir des web-créations. Grâce à différents fonds (notamment celui du Alt-W), le centre peut allouer un budget et
une assistance technique pour chaque projet. En moins de quatre ans, le centre
a déjà commissionné vingt websites:
certains à de jeunes créateurs écossais émergents (Euan Sutherland), d’autres à
des artistes inter-nationalement reconnus (comme Claude Closky ou le groupe
nippon Candy Factory).
La première web-création commissionnée fut Utopia
du photographe écossais Gair Dunlop. Sous
la forme d’une hypermédiature, l’œuvre est sensée nous faire réfléchir sur
l’idée de Perfection et sur la place de l’individu dans la société.
L’internaute est invité à évoluer dans une superbe demeure du dix-neuvième
siècle - la Hospitalfield House
(Arbroath, Ecosse ) - reflétant les goûts de
l’aristocratie écossaise (mobilier raffiné, collection de tableaux, de
gravures…). Il a la possibilité de contempler l’intérieur de quelques pièces
grâce à des scènes panoramiques et de cliquer sur des objets pour obtenir des
approfondissements contextuels.
Une collection très hétérogène
En parcourant la collection de web-créations, nous
nous apercevons qu’aucune ligne directrice n’a été fixée ; tant les
projets sont différents les uns des autres. Dans la majorité des cas, les
œuvres ont été créées dans le cadre de festivals (aux thématiques diverses),
puis ont été intégrées dans Host.
Seuls quelques websites ont spécifiquement été créés pour la galerie virtuelle
(exemple: Diskompactor de Torsten
Lauschmann). Parmi les initiatives les plus marquantes, nous pouvons relever
les web-créations de Claude Closky et de Takuji Kogo.
Dans le cadre de ‘Vivre sa Vien ’ - un
festival d’art contemporain français organisé par l’Alliance Française
d’Edinburgh - le commissaire d’exposition Tanya Leighton invita Claude Closky à réaliser une œuvre (de préférence
en lien avec les nouveaux médias mais aucune contrainte ne lui fut fixée).
Claude Closky soumit alors l’idée d’un jeu de Tetris non interactif. Contrairement à ce qui se passe dans le jeu
original, ici, la partie ne finit jamais et le score s’incrémente de manière
infinie.
Très intéressée par ce projet, Tanya Leighton mit en relation l’artiste avec
Chris Byrne pour placer l’œuvre sur Host.
Un contrat d’exclusivité fut alors signé pour une durée de trois ans.
Actuellement, l’obligation est terminée et l’artiste souhaite continuer à voir
son site sur le serveur Host.
En 2002, Takuji Kogo, membre du
collectif japonais Candy Factory, fut accueilli en résidence par le centre
écossais ; cela essentiellement pour établir des relations culturelles
entre les deux nations. Durant son séjour, l’artiste élabora cinq projets
accessibles sur le Web: Clearance, Do, My Dad seduced my fiancee, Why et Win.exe. Dans les quatre premières
œuvres, l’internaute est confronté à une fenêtre unique présentant une vue
animée. Grâce à des travellings et à
des zooms de caméra, il découvre des
atmosphères inhabituelles: l’intérieur d’une boutique de luxe écossaise, la
vision d’un plateau de tournage désert, une émission ennuyeuse sur un écran
télévisuel. L’œuvre est raffinée (en plein écran avec un léger cadre noir…) et
semble se détacher de la production contemporaine, qui recherche la diffusion
en temps réel et l’interactivité. Elle invite le spectateur à une contemplation
quasi-passive (nota: il ne peut que
changer de point de vue en cliquant sur sa souris).
Le site Win.exe
– co-réalisé avec Ola Pehrson - est une œuvre ludique, présentée sur un mode
analogue aux quatre autres, mais axée autour d’un élément virtuel: l’icône du
bureau (celle de l’environnement graphique Windows).
Dans un communiqué de presse, les responsables du centre expliquèrent que, par
cette méthode, l’icône quitte son statut de pur outil informatique et devient
une ‘sculpture’, ‘une nature digitale’. Cette démarche s’apparente à celle de
Marcel Duchamp qui décontextualisait l’objet du quotidien pour l’intégrer au
monde de l’art.
Durant l’été 2002, le centre
enrichit habilement son espace Host
en organisant ‘Remote’, un programme
de mini résidences dans les Highlands réservé aux artistes des nouveaux
médias. Iliyana Nedkova, commissaire d’exposition au New Media Scotland, convia
sept cyber-créateurs à réfléchir tout particulièrement sur les aspects sociaux
et géographiques des Cairngorms (« que se passe-t-il quand le réalisme
urbain rencontre le romantisme rural ? »).
Les projets obtenus furent techniquement très sommaires mais néanmoins
intéressants du point de vue idéel. Le site le plus marquant est The Price of freedom, du duo Thomson
& Craighead. Il s’agit d’une transformation d’un quatrain de ‘The Bruce’,
un poème épique de John Barbour, en une série de liens menant vers des domaines
à vendre. Pour accompagner l’œuvre, les artistes écrivirent une lettre ouverte
‘Making a case for the twinning of Newtonmore and Las Vegas' dans laquelle ils
abordèrent la thématique des nouvelles formes de frontières (à l’ère du
numérique) et dans laquelle ils prônèrent un jumelage entre Newtonmore et Las
Vegas.
La
situation actuelle
Actuellement, le New Media Scotland continue toujours
à acquérir des web-créations. La dernière œuvre - Doppelgange
- fut commissionnée à l'artiste écossaise Beverley Hood à l'occasion d'une
exposition au Street Level Photoworks
(mars 2004, Glasgow). Le site est un environnement graphique dans lequel
évoluent des personnages tridimensionnels (l'artiste et six autres créateurs
rencontrés lors d'une résidence à Basel). Cette œuvre
réussit à concilier la thématique du portrait avec les nouvelles technologies.