D.2.1 – Centre for
Contemporary Arts (Glasgow)
Le Centre for
Contemporary Arts (CCA) fut créé à Glasgow en 1992 (nota: à
l’époque, il n’existait que trois autres centres d’art contemporain au
Royaume-Uni: l’ICA à Londres, l’Arnolfini à Bristol et le Chapter Arts Centre à
Cardiff). Initialement, ses dirigeants décidèrent d’orienter la programmation
en faveur des arts visuels, de la performance, du live art, de la danse,
de la musique et du cinéma indépendant.
Le 21 octobre 2001,
le centre s’installa dans de nouveaux locaux et bénéficia de très importantes
subventions de la loterie nationale (plus de dix millions de livres). Francis
McKee [1],
directeur du Département ‘Digital Arts & New Media’, lança alors le centre
dans la course aux new media arts. A l’occasion de l’inauguration
du nouvel établissement, il invita le duo JODI (célèbres pionniers du Web-art),
puis un mois après, organisa un important colloque sur les « Network
Cultures, Networked Arts Practice and Commissioning/Curating Networks [2] » (du 30 novembre au 1er décembre
2001).
Le ‘Virtual Space’
A l’occasion de la réouverture du centre, le CCA monta
une galerie virtuelle intitulée ‘Virtual Space’. Dans un premier temps (de 2001
à 2002), Francis McKee y plaça trois pièces remarquablement originales, mais
n’exploitant que très peu les ressources du réseau (une courte animation et
deux œuvres à télécharger – nota: ces
trois sites relèvent plus de la ‘démo’ que du Web-art à proprement parler). Ce
n’est qu’en 2003 que le CCA semble avoir réellement pris conscience du
potentiel du Web ; cela fut particulièrement bien mis en valeur avec la
mise en place d’un système de commission spécifique (la Glasgow Net Art Commission).
Les trois premières œuvres (2001 et 2002)
Dans le cadre de l’exposition ‘Words and Things [3]’, le duo JoDi [4] fournit au CCA
une version allégée de Untitled-Game
(douze des cent cinquante variations créées en 2001). A partir d’un site
portail, les internautes sont invités à télécharger des niveaux radicalement
modifiés du célèbre jeu de combat Quake,
puis à jouer. A une époque où les
concepteurs de jeux vidéo proposaient déjà des couleurs chatoyantes ainsi qu’un
graphisme réaliste, les deux artistes employèrent volontairement une géométrie
rigide, et une palette très réduite (noir et blanc). L’œuvre obtenue fait
l’objet d’un véritable défi absurde lancé par les artistes et est illisible
(l’esthétique fait penser à celle des débuts du computer-art –
cf. travaux de Frieder Nake et Vera
Molnar).
Lors d’une résidence au CCA (du 1er
janvier au 28 février 2002 [5]), les
membres du groupe islandais The Icelandic Love Coporation [6] –
Sigrún Hrólfsdóttir (1973), Jóní Jónsdóttir
(1972) et Eirún Sigurðardóttir (1971) – mirent en ligne la vidéo Where Do We Go From Here ? Il
s’agit d’une œuvre poétique non
interactive: l’internaute est invité à contempler un diaporama (femmes en
blanc) sur un fond de chant a cappella [7].
Tourné à partir d’un film du groupe (réalisé en 1999), l’animation nous montre
quatre elfes batifolant dans la nature jusqu’à l’arrivée d’un drame: la chute
mortelle d’une falaise. A l’unisson, les esprits crient et appellent au
secours…
A l’occasion de l’exposition 'literature is networking
to our gene dub' (CCA, août 2002), le CCA permit à l’écrivain japonais Kenji Siratori [8] – de diffuser des animations scripturales en
Flash (des Biocaptures). Sur un rythme soutenu, le texte – apparaît
magiquement en blanc, mot après mot – sur un fond noir. Le style est âpre et
violent, le fond sonore cacophonique (bruits de klaxon, de jeux vidéos…) et la
typographie complètement modifiée ; le tout produit une atmosphère
confuse. Selon l’artiste, cette nouvelle forme d’écriture lui fut inspirée par
la rudesse du mouvement techno et
sans doute par Antonin Artaud [9].
Les « Glasgow Net Art Commissions » (2003-2004)
Le 25 juin 2003, le CCA lança officiellement sa
première « CCA: Glasgow Net Art
Commission »: Epic Tales
de Carlo Zanni [10]. Ce
site – techniquement remarquable – offre aux internautes la possibilité de
reformater des pages Web: la disposition des documents reste la même, mais le
texte est réinterprété (celui-ci apparaît soit en anglais moderne, soit en
gothique). La mise en valeur imprévisible des caractères – ainsi que la bande
sonore d’inspiration dark gothic (paroles
de yat.kha) – sort l’internaute du high-tech
de l’informatique et de la banalité quotidienne. Celui-ci déchiffre les
écritures et s’éprend de leur beauté
inattendue. « Chacun des mots s'est détaché comme s'il avait été taillé,
comme si c'était un talisman. C'est pour cette raison que les poésies écrites
dans une langue étrangère ont un prestige qu'elles n'ont pas notre propre
langue, car on entend, on voit, chacun des mots individuellement. Nous pensons
à la beauté, au pouvoir, ou simplement à l'étrangeté. » (citation de
Borges à la base du travail de l’artiste [11]).
En 2004, le CCA organisa un appel à candidature pour
déterminer la nouvelle « CCA: Glasgow Net Art Commission ». Le
concours prit fin le 25 mars. Théoriquement, l’œuvre devrait être finalisée en
septembre 2004. La sélection devrait offrir à l’artiste une rémunération de
cinq cents pounds ainsi qu’une somme
de mille pounds pour la réalisation
du site. Actuellement (fin avril 2004), le nom du gagnant n’a toujours pas été
révélé.